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Skinhead
(des mots anglais
skin {peau} et head {tête} : cuir
chevelu (à nu)) désigne à l'origine un jeune prolétaire
britannique
au crâne rasé.
Déjà
pendant la Guerre Civile anglaise (1642-1649), les partisans du
Parlement menés par Oliver Cromwell étaient appelés les têtes
rondes par leurs ennemis en raison de leur coupe courte opposée
à la longue chevelure des aristocrates partisans du roi Charles
Ier Stuart. La ressemblance avec les
skinheads s'arrête là car les partisans de Cromwell, même s'ils
recrutaient beaucoup parmi les classes populaires, étaient avant
tout des protestants puritains qui refusaient les prétentions absolutistes
du roi et la possibilité d'un rétablissement du catholicisme en
Angleterre.
Il
y aurait également mention d'individus répondant à la définition
et à l'appellation du skinhead dès le début du XXe siècle
dans la presse du Royaume Uni. Le terme désignait de jeunes voyous
issus des quartiers pauvres aux cheveux courts, l'équivalent des
« Apaches
de la zone » en France. Néanmoins, dans son acception moderne,
skinhead s'applique à un mouvement
de jeunesse né à la fin des années
1960 au Royaume Uni.
Dès
le début, les skinheads antiracistes
dénient aux skinheads d'extrême-droite le droit de s'appeler skinheads
et les qualifient de boneheads (« crétins »). À
l'inverse, les skinheads d'extrême-droite se considèrent comme les
seuls vrais skinheads et nomment les skinheads antiracistes rouges.
Des
Mods aux Skinheads
Les
skinheads sont issus de la vague modernist. Dans un premier
temps il s'agit de jeunes Londoniens qui se passionnent pour le
Modern jazz. Dans les années 1963-1964, cet underground élitiste
est devenu une vague de fond de premier plan dans la culture des
adolescents et devient un enjeu commercial. Les faits divers consacrent
les batailles rangées entre Mods et Rockers comme un mal générationnel,
notamment lors des bagarres de Brighton qui amèneront nombre des
jeunes en mal de sensations fortes vers ce mouvement, quitte à le
standardiser.
Après
1967
beaucoup de Mods
se tournent vers le flower power et le psychédélisme.
Certains préservent le style originel et radicalisent leur look :
ce sont les hard mods, ou encore heavy mods. Ils portent
le costume cintré et le chapeau pork-pie pour danser, mais
des vêtements
de sport ou de travail pour traîner dans la rue (polo Fred
Perry, chaussures Doc
Martens noires ou rouges). Ils prennent le contre-pied de la
mode branchée de l'époque (telle la vague psychédélique ou le mouvement
hippie)
et affichent fièrement leurs origines ouvrières (working
class). Ces hard mods se crispent sur l'identité
modernist de la période 1962-1966 :
musique noire américaine (Soul), luxe italien (Dolce Vita), style
urbain et moderne, scooters Vespa
ou Lambretta.
Comme
ils vivent dans les même banlieues et quartiers ouvriers, les hard
mods fréquentent les rude
boys, ou rudies, jeunes immigrés antillais,
surtout jamaïcains,
dont le look est proche et avec qui ils partagent le goût pour la
musique noire américaine (soul,
rythm'n'blues) et jamaïcaine (ska
et rocksteady).
Vers 1968,
les hard mods et les rudies se confondent pour devenir
les skinheads.
Certains
prétendent qu'ils se sont tondus les cheveux pour se distinguer
des hippies.
Ou encore parce que nombre d'entre eux travaillaient en usine, porter
les cheveux courts relevait d'une norme pour éviter les incidents
au contact des machines. Plus probablement, il s'agit d'un moyen
pour échapper à la police montée lors des émeutes. Il s'agit aussi
d'une coupe de cheveux traditionnelle au sein du monde ouvrier.
Le look skinhead se standardise vite : cheveux courts (tondus
ou coupés courts, mais rarement rasés à blanc à cette époque), favoris,
polo style Fred
Perry, chemise style Ben Sherman, bretelles, blue jean style
Levis
501 coupé court ou pantalon ajusté type Sta Press (rejet des
pattes d'éléphant), chaussures Dr.
Martens, rangers ou baskets, blouson style bombers
jacket, harrington ou encore donkey jacket (manteau de docker),
écharpe de son club de football préféré...
Le
blouson harrington, porté par les mods, puis les skinheads et enfin
les punks, n'est pas une marque mais un type de veste légère en
toile de coton unie doublée de tissus à carreaux écossais (tartan).
Le nom vient du héros de la série télévisée américaine Peyton
Place, très populaire au début des années
1960, Mr Harrington, qui portait ce vêtement. Le look skinhead
est donc un mélange de sportswear, de vêtements de travail et de
surplus militaires. Mais le costume ajusté, héritage moderniste,
est encore porté pour danser ou frimer en soirée. Ces adolescents
et ces jeunes adultes s'approprient, comme ceux d'aujourd'hui, certaines
marques devenant emblématiques : Fred
Perry, Lonsdale,
Ben
Sherman, Everlast,
ou encore Adidas
1969,
les Skinheads popularisent le reggae
En
1969,
un véritable raz-de-marée skinhead envahit le Royaume Uni. Cette
contre-culture devient soudain très à la mode et unit les jeunes
des quartiers ouvriers, tant blancs que noirs. Les skinheads écoutent
de la soul, du rythm'n'blues (des labels Stax, Motown ou encore
Chess records), du mod's beat (soul-rock britannique des Who
et autres Kinks ou Small Faces), mais surtout du ska,
du rocksteady et du reggae avec des artistes noirs venus des Caraïbes
tels Simaryp,
Laurel
Aitken, Desmond
Dekker et même les Skatalites,
les Upsetters,
Jimmy
Cliff ou Bob
Marley, les Wailers... Le reggae et le rocksteady, bien plus
que le ska presque passé de mode en 1969, apparaissent comme le
son skinhead par excellence. Pour les puristes, on parle alors ,
de reggae one drop ou encore de early reggae, un terme
sera d'ailleurs donné au début des années 80 pour qualifier le son
des années 69-71 : le skinhead reggae. Dans la tradition
modernistes, les skinheads aiment danser. Ils rivalisent de pas
de danse compliqués pour frimer lors des discoes, l'équivalent
des boums françaises. Les chansons parlent de leur vie quotidienne :
émeutes, difficultés de la condition ouvrière, problèmes de tous
les jours, contestation sociale, mais aussi sexe, danse et football.
Les principales maisons de disques éditrices de ska et de skinhead
reggae au Royaume Uni sont Trojan
Records, Pama
Recordset Torpedo Records. Le logo Trojan (un casque de guerrier
troyen) a été repris par la suite pour désigner les skinheads originels
(spirit of 69). Les filles sont appelées skinhead girls
plutôt que birds ou birdies (terme péjoratif équivalent
du français "nana" ou "gonzesse").
Les
skinheads constituent à la fois une mode vestimentaire liée à des
goûts musicaux, mais aussi une véritable contre-culture de jeunes
avec ses comportements types (frime, violence, danse) et son argot.
Celui-ci est largement influencé par l'accent jamaïcain : ainsi
brother devient bovver. Aggro désigne la baston.
Les leaders du mouvement sont les boss skinheads.
Ces
gangs de jeunes ont parfois un comportement violent et les hooligans
adoptent vite le style vestimentaire des skinheads. Certains avancent
que les skinheads sont issu du hooliganisme. C'est à la fois vrai
et faux : les jeunes Britanniques des classes moyennes et populaires
se comportent souvent en hooligans dans les stades de football,
mais le hooliganisme est plus ancien que le style skinhead (il date
du début du XXe siècle)
et les codes vestimentaires des hooligans varient beaucoup avec
les modes (la plupart des hooligans actuels n'ont absolument pas
le look skinhead). L'abus d'alcool et de drogues
diverses (surtout les amphétamines
pour pouvoir danser toute la nuit, le LSD
étant plutôt une mode de hippies)
n'arrange rien à l'image des skinheads. La presse tabloïd peut dès
lors stigmatiser les skinheads, comme elle l'avait fait auparavant
pour les mods ou les rockers. C'est la nouvelle menace.
L'Union
Jack |
L'usage
fréquent des couleurs nationales (Union
Jack pour l'ensemble des Britanniques ou Saint Georges Cross
pour les Anglais) par les skinheads de cette époque est abusivement
interprété comme un glissement vers le nationalisme. En fait les
jeunes Britanniques font souvent preuve d'un patriotisme cocardier
tel qu'on peut le rencontrer dans les tribunes des stades de football.
Il n'est généralement fondé sur aucun nationalisme au sens strict.
Les mods auparavant arboraient les couleurs nationales pour
le côté "pop art " et les punks par la suite feront de même
par désespoir social et ironie. Notons aussi que les Britanniques
pavoisent beaucoup plus fréquemment que les Français. Cette fierté
d'appartenir à la nation britannique est même un élément unificateur
pour les jeunes Britanniques blancs et les Antillais noirs venus
de la Jamaïque ou de Sainte-Lucie (états du Commonwealth, dont les
habitants sont assimilés aux Britanniques puisque sujets de la même
reine). Ceci peut aussi s'appliquer aux Pakistanais, eux aussi ressortissants
du Commonwealth.
Mais
il est vrai que les skinheads de cette époque font preuve de méfiance
à l'encontre, non pas des Noirs, mais des jeunes Indiens et Pakistanais,
dont le style vestimentaire et les goûts musicaux les rapprochent
des hippies. Certains organisent de véritable ratonnades
à leur encontre : le paki bashing. Ceux-ci réagissent
et fondent des gangs de skinhead scalpers. Cette opposition
entre skinheads noirs et blancs d'une part et jeunes indo-pakistanais
de l'autre n'a cependant jamais été une généralité lors de la première
vague skinhead. C'est plutôt une réalité circonscrite à certains
quartiers de Londres et surtout à certains gangs. Les archives d'époque
montrent d'ailleurs de nombreux skinheads au type asiatique.
Cette
première vague skinhead est donc avant tout une mode, un style musical
et vestimentaire largement méconnus hors du Royaume-Uni. Il n'y
a pratiquement pas de skinheads à cette époque en Europe continentale
ou en Amérique du Nord. Seuls certains adolescents émigrés à cette
époque en famille en Australie et au Canada exporteront le style
hors Grande Bretagne. Tout au plus la mode vestimentaire skinhead
a-t-elle eu quelques échos en mai 68. De manière amusante, dans
le film "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil"
(1970), l'acteur Jean Yanne porte pendant quelques séquences une
tenue inspirée par la mode skinhead : jean serré à revers,
blouson ajusté de la même étoffe, rangers, cheveux plaqués et favoris.
Pour la plupart des journalistes britanniques les skinheads ne sont
qu'une nouvelle sorte de voyous incontrôlables (à l'époque la France
a ses blousons noirs). Le mouvement n'est pas politisé.
Vers
1970 la vague skinhead s'essouffle. De nouvelles modes apparaissent :
le style glam
rock pour les jeunes blancs et le mouvement
rastafari pour les noirs. Les skinheads authentiques, qui rejettent
l'image de violence gratuite de beaucoup de hooligans qui leur colle
à la peau, adoptent le style suedehead (crâne de velours):
le look devient plus recherché, à la manière des mods, les cheveux
repoussent.
Le
mouvement skinhead originel n'a donc une durée de vie que de quelques
mois, nombre des Hardmods le laisseront tomber de dégout dès que
celui sera identifié par le plus gros journal britannique comme
une entité à part du mouvement Mod, le 3 septembre 1969.
Une
paire de docs. On aperçoit la couture jaune distinctive autour
de la semelle.
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1979,
les Skinheads réapparaissent puis se politisent
Après
1971 l'esprit skinhead ne disparaît pas pour autant et survit à
travers les suedeheads puis les smoothies (ces-derniers
portent les cheveux assez longs). Les deux adoptent le style bootboy
lorsqu'ils descendent dans la rue : blue jean retroussé, Doc
Marten's montantes, bretelles... C'est le style vestimentaire arboré
dans le film de Stanley
Kubrick "Orange
mécanique".Coïncidence troublante, les jeunes décrits dans le
roman d'Anthony Burgess dont s'inspire le film arborent déja cet
uniforme plus de dix ans avant. L'œuvre est violente mais le message
est plus subtil qu'il n'y paraît : une critique des théories
comportementalistes et une caricature des aspects les plus ridicules
des sociétés modernes. À la suite ce film constituera une source
d'inspiration pour de nombreux groupes skinheads, contribuant à
forger l'image du jeune rebelle violent, incontrôlable mais cyniquement
lucide.
Les
mods eux aussi sont has-been
mais restent nombreux, en particulier dans le nord de l'Angleterre
où ils sont à l'origine d'un style musical particulier, influencé
par la musique noire américaine des années 1960, la northern
soul.
Les
codes musicaux changent et chez les bootboys le reggae, le rocksteady
et le ska sont vite supplantés par le glam rock (cf David
Bowie ou The New
York Dolls), le pub rock (cf Dr.
Feelgood et Elvis Costello) puis le punk-rock (genre musical
inventé aux États-Unis par les Stooges,
les New York Dolls, encore eux, et les Ramones,
nés en 1974 et célèbres dès 1976). Nombre des premiers punks
britanniques (fin 1976-début 1977) ont le style bootboy,
à commencer par les Clash
(par ailleurs fans de reggae et de pub rock).
Profitant
de l'explosion médiatique punk en 1977, les skinheads et
même les mods réapparaissent et se mêlent aux punks.
Ils sont alors peu nombreux, noyés dans la masse punk. Le film Quadrophenia
(1979) et le groupe The
Jam participent à la relance du courant modernist. L'hybridation
des mods et des punks porte le nom de hard-mods (reprise
d'un terme déjà utilisé à la fin des années 1960). Le groupe punk
The Undertones, qui connaît un certain succès entre 1978 et 1981,
présente de troublantes similitudes avec les Hard Mods des années
60.
Après
1979 cependant, le punk-rock n'a plus la faveur des médias de masse
et le look punk se radicalise : les punks deviennent
not dead (de l'expression « punk's not dead »).
C'est l'époque où apparaissent blousons cloutés et crêtes colorées.
Cependant beaucoup de punks de la première vague adoptent le style
des skinheads, ce qui passe à la fois comme un retour aux sources
et une radicalisation. Le mouvement skinhead connaît une nouvelle
heure de médiatisation.
Ces
nouveaux skinheads écoutent ou jouent du street punk et de
la oi
!, c’est-à-dire des formes violentes et radicales de punk-rock.
Oi!, en argot cockney, est la contraction de l'apostrophe :
Hey you !. On entend Oi! pour la première fois
sur un morceau des Clash
en 1977 (Career opportunities). Les groupes précurseurs sont
Menace,
Angelic
Upstarts ou Sham
69, puis viennent Cockney
Rejects, Business,
Cock
Sparrer, The
4 Skins, Last
Resort, The
Oppressed, Blitz...
Les
Sham 69, groupe emblématique des skinheads (et toujours sur la route)
n'ont jamais adopté un look skinhead radical (le chanteur porte
les cheveux mi-longs, même s'il a lui même été skinhead dans son
adolescence). Les vidéos de la fin des années 1970 montrent plutôt
le look bootboy très fréquent à cette époque, ou plus exactement
"herbert". Les membres de Blitz ou des Oppressed affichent quant
à eux une apparence skinhead beaucoup plus standardisée (cheveux
tondus, chaussures montantes, bretelles...). On a prétendu d'ailleurs
que les bretelles sont là pour rappeler les origines prolétaires
des skinheads. Les Exploited illustrent le look street-punk, fondamentalement
différent de celui des skinheads : coupes iroquoises (crêtes),
blousons de cuir cloutés, cartouchières et pantalons moulants s'écartent
du look skinhead. On constate ici (sauf pour les cheveux) une osmose
avec le style heavy metal très extravagant de l'époque. Mais
les punks not dead portent aussi bretelles, jeans retroussés
et chaussures montantes comme les skinheads. Les punks semblent
préférer les rangers et les skinheads les Docs Martens coquées ou
les paraboots (terme générique pour désigner les bottes de saut,
la marque la plus connue étant Getta Grip). Les looks intermédiaires
entre le punk et le skinhead sont désignés sous les termes bootboys,
skunks ou encore herberts. Ces nuances paraissent
futiles au néophyte. Mais il faut comprendre que chez les punks
comme les skinheads l'apparence vestimentaire, la coupe de cheveux
et l'allure en général ont une importance considérable. La plupart
sont des adolescents ou de jeunes adultes qui cherchent à s'émanciper
et sont donc très attentifs aux codes vestimentaires.
Cette
époque connaît aussi un revival rocksteady, ska et skinhead reggae
qui contribue à populariser le style skinhead avec des groupes
comme Madness,
The
Specials, Bad
Manners ou The
Selecter de chez Two-Tone
Records. Ces musiciens adoptent un style vestimentaire plutôt
modernist ou hard mods, mais le public comme nombre
de musiciens de ces groupes est largement skinhead. De nombreux
artistes jamaïcains tombés dans l'oubli refont surface (par exemple
le chanteur Laurel
Aitken, godfather of ska music, ou le tromboniste Rico
Rodriguez). Le ska, énergisé par les influences punk-rock, remporte
les faveurs du public skinhead de l'époque.
Mais
en 1979, contrairement à 1969, la très grande majorité des skinheads
sont blancs. C'est aussi de cette époque que date l'habitude de
se raser les cheveux et la musique Oi! de cette époque est souvent
qualifiée de closed shave (rasée de près). Le slogan ACAB
(all the cops are bastards, "tous les flics sont des bâtards")
fait son apparition. Dès 1979 la mode skinhead dépasse le Royaume-Uni
et touche l'Amérique du Nord et l'Europe de l’Ouest (en France la
première compilation skin-punk Chaos sort en 1982). C'est une contre-culture
particulièrement vivace dans les années 1980, même si elle n'attire
pas la majorité des jeunes. En France, le street-punk des Camera
silens ou deLa
Souris Déglinguée attire un public skinhead. À New York les
inventeurs de la musique punk-hardcore sont généralement des skinheads
(Agnostic
Front, Sick Of It All, Madball,
MOD,
...), et revendiquent encore aujourd'hui leur appartenance ou tout
au moins des liens avec le mouvement. Le terme de hard-core skinhead
est assez répandu aux Etats-Unis. Ces skinheads évoluent dans une
mouvance plus large : le punk-rock, le hardcore ou encore le
rock alternatif.
Cette
seconde époque skinhead est aussi marquée par la récupération politique
du mouvement. C'est déjà l'extrème-droite qui cherche à récupérer
le mouvement. À la fin des années 1970 l'extrême
droite britannique (British National Party et National Front)
s'implante parmi les jeunes punks et skinheads blancs issus généralement
des classes sociales les plus défavorisées et en situation de marginalisation.
Les provocations de quelques punks, comme Sid Vicious qui arborait
souvent un t-shirt à croix gammée, ont fait penser à certains que
les vrais rebelles étaient les nazis. Ian
Stuart, chanteur du groupe punk Skrewdriver,
est un exemple typique de cette dérive. Skrewdriver était un groupe
street-punk parfaitement apolitique (comme l'immense majorité des
groupes punks à cette époque), mais particulièrement provocateur,
né en 1976. Après un split de courte durée Ian Stuart (qui jusque
là cachait son engagement aupres du National Front depuis 75) reconstitue
le groupe en 1979, mais sous une forme politisée ouvertement néonazie,
puis il crée Blood
and Honour au début des années 1980. C'est un mouvement
nationaliste, raciste et en particulier antisémite. Ian Stuart ne
cache plus sa fascination pour Hitler et ne tarde pas à apporter
directement son soutien aux associations néonazies, aussi bien au
Royaume Uni qu'en Allemagne. Il est suivi par une partie des skinheads
et certains punks qui adoptent un comportement de plus en plus violent
et basculent vers l'extrême droite. Beaucoup sont des hooligans
fascinés par la violence sous toutes ses formes. Ils hurlent Sieg
Heil! ou Heil Hitler dans les concerts et déclenchent
de fréquentes rixes avec les autres skinheads ou les punks, sans
parler des agressions envers les noirs ou les immigrés. Le paki
bashing reprend.
Certains
skinheads ou punks ont pu se rapprocher de l'extrême-droite pour
prendre le contrepied des punks (not dead) de la période 1979-1982 :
rejet de la saleté, du look "destroy" mal rasé, de la clochardisation,
de l'anarchisme braillard, des drogues
dures... respect des valeurs familiales, du travail, de la patrie,
allure physique et vestimentaire saine et propre... C’est-à-dire
le rejet de la marginalisation et l'attachement à des valeurs à
la fois populaires et conservatrices. Idéologiquement ces premiers
skinheads et punks nationalistes ratissent très large : rescapés
du nazisme britannique des années trente qui servent de mentors,
antisémites de tout poil, xénophobes échaudés par l'immigration,
anticommunistes qui dénoncent les états soviétiques, hooligans violentissimes,
punks et skinheads dépourvus de repères idéologiques qui aiment
provoquer en arborant des insignes nazis (alors que leurs parents
ont souvent combattu les nazis en 1939-45)...
Écœurés
par cette récupération de leur contre-culture et fidèles à leurs
racines métisses, les skinheads antiracistes se regroupent à partir
de 1979-80 dans Skinheads Against the Nazis (S.A.N., impulsé et
contrôlé par le Socialist Worker's Party, trotskiste), puis au sein
des SHARP
(SkinHeads Against Racial Prejudice, mouvement fondé à New
York vers 1987 à partir de l'expérience depuis 1985 d'un groupe
de skinheads et boot-boys de Cincinnati appelé Baldies Against Racism).
La figure emblématique du mouvement SHARP est Roddy
Moreno, leader du groupe gallois The
Oppressed et importateur en 1988 du SHARP au Royaume-Uni. The
Oppressed chantent Work together, référence marxiste implicite
et hymne à la classe ouvrière. Mais avant que les "pare-feux" ne
se mettent à fonctionner, l'image des skinheads, et même de certains
groupes emblématiques de la scène, a eu à pâtir de la dérive vers
le néonazisme d'une partie d'entre eux. Ainsi les Sham
69 sont désespérés que de nombreux skinheads d'extrème-droite
fréquentent leurs concerts (la "SHAM Army", cohorte de fans du groupe,
étant même gangrénée par ceux-ci). Son chanteur mythique Jimmy Pursey
décide alors de remettre les pendules à l'heure en faisant jouer
le groupe dans les festivals RAR (Rock Against Racism). Les Sham
69 adaptent le chant révolutionnaire chilien El pueblo unido
jamas sera vencido (Le peuple uni ne sera jamais vaincu) en
If the kids are united they will never be defeated (Si les
jeunes sont unis, ils ne seront jamais battus). Ces groupes réaffirment
leur fierté d'appartenir à la classe ouvrière et de partager ses
valeurs : fraternité, solidarité, luttes sociales... A la même
époque les Dead
Kennedys (groupe punk
californien) dénoncent la dérive des punks et skinheads nazis
dans le morceau Nazi punks. Fuck off!.
Certains
skinheads anti-racistes sont engagés au sein du Socialist Worker's
Party, organisation marxiste révolutionnaire qui organise de grandes
grèves à partir de 1980 en réaction à la politique libérale du gouvernement
Thatcher (remise en cause d'acquis sociaux, restructurations doulouleuses
dans l'industrie et les mines...). Ils sont appelés reds
(rouges) par les nationalistes qui les accusent de vouloir faire
basculer l'Occident dans la sphère soviétique. Certains sont effectivement
trotskystes, donc communistes mais opposés à l'URSS. Mais la plupart
des skinheads anti-racistes de cette époque au Royaume-Uni sont
plutôt proches du travaillisme ou du syndicalisme réformiste. Ils
ne constituent que des compagnons de route du Socialist Worker's
Party. Les véritables redskins, impliqués dans la gauche
révolutionnaire, constituent d'ailleurs à l'origine un mouvement
distinct des skinheads. Ils gravitent autour du groupe de soul-rock
The Redskins, animé par des permanents du SWP.
Les
skinheads anti-racistes considèrent les nationalistes et les néonazis
comme de faux skinheads et les appellent boneheads
(littéralement "crânes d'os", en fait l'équivalent anglais de "crétin").
Ces deux termes, péjoratifs dans l'esprit de ceux qui les utilisent,
ont toujours cours aujourd'hui.
Skinheads
lors d'un concert
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Les
Skinheads aujourd'hui
Aujourd'hui
la mouvance des skinheads est profondément divisée et hétéroclite.
Le néophyte aura bien du mal à les départager, d'autant plus que
les codes vestimentaires sont similaires malgré des tendances politiques
très différentes. La culture skinhead est fondée sur un support
musical. La lecture des chansons, l'imagerie des pochettes de disque,
les labels de distribution, de production, les logos ou slogans
affichés permettent souvent de localiser politiquement les artistes.
Les
skinheads sont en fait à l'image de la société : leur sensibilité
politique va de l'extrême
droite à l'extrême
gauche en passant par la gauche
et la droite
classique. Certains sont démocrates, alors que d'autres sont attirés
par des discours radicaux qui prônent soit une dictature
du prolétariat de type marxiste-léniniste, soit une dictature
de type fasciste. Certains sont radicalement racistes, alors que
d'autres rejettent en bloc tout racisme. Certains sont athées ou
agnostiques,
alors que d'autres sont croyants (chrétiens,
païens,
bouddhistes)...
Malgré
cette diversité, il y a des points communs qui les rassemblent (presque)
tous : ils sont généralement issus des classes sociales modestes
ou moyennes, et sont fiers de leurs origines sociales. Enfin, les
skinheads sont également très actifs dans la rédaction et la diffusion
de fanzines dédiés à la musique, au football et à d'autres cultures
(comme le tatouage ou le scooterisme par exemple).
Les
Skinheads non politisés
Ils
sont présents partout en Europe, aux Amériques, en Australie, en
Asie... En fait, ils sont présents partout dans le monde où il y
a une scène skinhead. Ils constituent très vraisemblement la majorité
silencieuse du monde skinhead. Ces derniers refusent toute récupération
politique et rejètent toute aliénation à une idéologie politique
ou syndicale. Toutefois, cela ne signifie pas que ces skinheads
sont dépourvus de conscience politique. Bien au contraire. En réalité,
ces derniers n'ont tout simplement pas envie de mélanger musique
et culture skinhead avec politique. Pour eux, la politique est un
poison et la scène skinhead doit revenir à ses racines des années
60, à savoir redevenir aussi apolitique que les scènes mod, psycho,
scooterist ou rocker. Souvent patriotes, les skinheads non-politisés
ne sont pas pour autant unis. Ceci s'explique par des sensibilités
politiques hétéroclites et surtout par la culture des bandes inhérente
au milieu skinhead.
A l'origine
les skinheads apolitiques furent ceux qui refusèrent l'embrigadement
par l'extrême-droite au début des années 1980 aux États-Unis. Le
mouvement SHARP américain peut alors être considéré comme apolitique
tout comme son "petit frêre" Anglais (malgré une présence certaine
de skins militants issus d'un mouvement trotskyste, la Red Action,
scission du Socialist Worker Party).
L'ultra-gauche a longtemps désigné les apolitiques comme des brutes
pour qui ne comptaient que les "3B" (bière, baise, baston), voire
comme des crypto-fascistes ou des spécialistes du retournement de
veste. Il est vrai que certains skinheads français des années 1980
ont commencé par être apolitiques avant de devenir néonazis. Il
y eut aussi des parcours inverses. Surtout les skinheads apolitiques
apparaissent aujourd'hui comme échaudés par les extrémistes de tous
bords. Mais la plupart s'affichent aussi comme antiracistes et non-nazis,
ce qui est déjà une prise de position par la négative.
Le
SHARP est à la frontière de l'apolitisme et de l'engagement idéologique.
De manière là encore très paradoxale on pourrait définir les skinheads
Sharp comme des "apolitiques de gauche" (l'expression est d'un journaliste
québécois).
Le
mouvement S.H.A.R.P (Skinheads Against Racial Prejudice
ou Skinheads contre les préjugés raciaux) désigne un mouvement
de skinheads dits traditionnels
se positionnant contre le racisme
(contrairement aux boneheads).
Ce
mouvement, né aux États-Unis
en 1987
est, comme le mouvement skinhead originel, dénué d'affiliation politique
précise. Les premiers skinheads SHARP sont fondamentalement antiracistes
avec une forme de patriotisme
américain sans ambiguïté : la fierté nationale n'est pas une
fierté raciale. La bannière étoilée est d'ailleurs le fond du logo
SHARP originel, puis lui fut préféré le casque de guerrier grec
tiré du logo du label reggae
Trojan.
Ce
mouvement est né du souhait d'ancrer le mouvement dans l'antiracisme
pour contrer la récupération qui en était faite par l'extrême-droite.
Les
premières affiches du sharp représentent d'ailleurs une Dr.
Martens en train de piétiner une croix gammée sur fond de drapeau
américain. Les rapports entre redskins et skinheads SHARP ne sont
d'ailleurs pas toujours au beau fixe. À cette époque, le modèle
représenté par le bloc soviétique suscitait un rejet important dans
la jeunesse occidentale, y compris chez ceux qui avaient une sensibilité
de gauche. Si l'appartenance à la classe ouvrière les rapproche
d'une vision socialiste de la société, les SHARP skins ne sont pas
toujours des amateurs de faucilles et marteaux.
C'est
le groupe britannique The Oppressed qui a fait le plus connaître
le SHARP en Europe. Après un voyage à New
York, Roddy Moreno, le chanteur de ce groupe de Oi! culte des
années 80, avait rencontré les membres fondateurs Marcus et Jason,
et ramené le concept dans son Cardiff
natal
Le
SHARP n'est pas un parti structuré, mais un sigle, un signe de reconnaissance
pour les skinheads qui rejettent l'extrême-droite.
En
France, le mouvement sharp se veut "populaire" et "antiraciste",
mais surtout indépendant de tout partis ou syndicat. À Beauvais
Sylvain T., skinhead depuis 1982 et éditeur du fanzine Hardtimes,
est le premier Francais à développer le SHARP en 1989, aidé de Vincent
V. l'ancien président du fan club des Béruriers
noirs, lui-même éditeur du fanzine skinhead Un monstre est
en moi.
Avec
eux une bonne dizaine de skinheads radicalement antiraciste, très
attachée à la culture skinhead telle qu'elle a vu le jour dans les
années 60, parmi lesquels on trouve pour les acteurs les plus connus
de la scène skinhead de cette époque : Flavien P., batteur
de Herberts et éditeur du fanzine Kids on the Street et Philippe
W., fondateur et batteur du groupe [AntiPatik[1]
] et éditeur du fanzine Zéra. Ce dernier, arrivé de Rouen
à Beauvais début 1992, sera aussi connu pour avoir eu un passé nationaliste
radical très controversé au milieu des années 80, mais aussi paradoxalement,
pour avoir bien connu Marcus Pochelo, fondateur du SHARP à New-York
City en 1987. Par le biais de son fanzine ZERA, il eut des
contacts avec Bruce Kreitman, skinhead juif de Brooklyn comme lui,
et Jason O'toole, chanteur du groupe New
York hardcore Life's blood, tous deux membres actifs du noyau
dur du SHARP
N.Y.C-
En
lien direct avec le S.H.A.R.P Beauvais, seule cellule française
100% skinhead anti-raciste affile au SHARP en cette fin d'année
80, on trouve une bande parisienne, composée de Trojan skin (skinhead
reggae)
et de skinheads traditionnels qui traîne, entre autres, dans le
quartier de Jussieu, 5e
arrondissement de Paris.
Un
des plus anciens skinheads de cette bande Manu R., créera quasiment
dans la même période que le SHARP Beauvais, l'ARASH (Anti Raciste
ACtion SkinHead). Avec l'autorisation de l'Anti Racist Action mère
aux États-Unis, Manu cherche alors à créer, sur Paris une réplique
skinhead, sans concession à l'A.R.A américaine : de Anti-Racisme
radical et sans compromis. Et ceci, clairement, bien avant le RASH
qui apparaîtra sur Paris fin des années 1990, quand la plupart des
bandes néo-nazis auront disparus. Cette premiere generation du SHARP
en France si elle n'aura que peu d'échos et de reconnaissance aura
tout de même permis de faire passer le message et de préparer le
terrain pour une nouvelle génération Avec l'arrêt du SHARP Beauvais
par Sylvain T.,la plupart des membres du SHARP France originel rejoigne
l'ARASH, qui, lui aussi, disparaîtra avec la résurgence d'un SHARP-Paris-Banlieue
au milieu des années 90. Là encore on retrouve des membres actifs
de la scène skinhead entre autre Laurent et Arielle éditeur du fanzine
skinhead Big 5, ainsi que la plupart des skinheads beauvaisiens
et parisiens cités plus haut et une nouvelle génération tout aussi
radicalement anti-fasciste. Entre-temps nombre de fanzines auront
defendu en France l'idée qu'il existe une scene skin antiraciste
citons notamment : Skalious Dog, Skactualites, Fantomas, RudeForce,
Sang Mêlés, Batko et beaucoup d'autres y compris dans la pourtant
frileuse scène alternative... Cette nouvelle generation de skins
va aussi se manifester un peu partout en France vers les annees
93-94 : Toulouse avec une active section Sharp Occitania ,
Angers (autour du fanzine "Rudy's back"), Besançon, Bordeaux (Burdigala
Boot Boys/Sharp 33) et Lyon. Le rapport au politique va d'ailleurs
parfois etre sensiblement different entre ses diverses et parfois
éphémères sections : le fanzine Résistance regroupe des membres
du Sharp Occitania et des redskins de la première géneration qui,
dans un meme numéro, sont capables d'avoir des analyses différentes ;
ceux d'Angers allient traditionalisme culturel et engagement dans
les groupes antifascistes locaux (SCALP/Reflex); enfin la prolifique
scène Bordelaise est très fortement liée des 1991 à ses voisins
du Pays Basque et s'affirme très fortement indépendantiste et anticentraliste
tout en refusant son instrumentalisation par des organisations politiques.
Là encore c'est l'action de terrain contre l'extreme droite skinhead
qui prime sur les sectarismes politiques
Le
SHARP est moins une organisation qu'un appel au ralliement de tous
les skinheads qui refusent le racisme, l'antisémitisme et la récupération
politique par l'extrème-droite au sein de leur mouvement. Le seul
fait d'être skinhead étant pour eux un acte antiraciste de part
les origines multi-ethniques de ce mouvement né dans le cœur et
l'âme du ska
jamaïcain. Le SHARP
PARIS/FRANCE reste toujours actif par le biais de groupe comme
HARDXTIMES-
sur Paris qui prône un retour aux valeurs traditionnelles du mouvement
skinhead dépourvu de toute afiliation politique mais avec un antiracisme
toujours plus soutenu.
Parmi
les branches de la mouvance skin qui n'ont pas forcément de coloration
politique générale, on rencontre en particulier les Trojan
skinheads ou skinheads traditionnels, perpétuateurs de l'esprit
de 1969,
fans de reggae, de soul, de rocksteady et de ska,
ils circulent souvent en scooter comme les 'mods', ils ne mêlent
pas forcément musique et politique. Ils affichent cependant un antiracisme
sincère et revendiquent leur appartenance à la classe ouvrière.
Ils sont, au sens historique, les fidèles continuateurs de la première
vague skinhead.
Parmi
les groupes de musique skinhead apolitiques, on peut citer The
Last Resort, 4-Skins, Cock Sparrer, Warzone
ou encore The Business.
Les
Skinheads politisés
Les
skinheads politisés sont des militants politiques, syndicaux et/ou
associatifs qui partagent soit une idéologie d'extrême gauche soit
une idéogie d'extrême-droite. Leur volonté est de faire passer un
message politique radical à travers leurs concerts ou à travers
leurs différents fanzines et actions. En dehors de similitudes vestimentaires
et musicales (musique oi!), les skinheads d'extrème-droite et d'extrème-gauche
s'opposent, presque toujours à travers la violence.
Les
Skinheads d'extrême droite
Les
Nationalistes
Ces
derniers sont proches des partis d'extrême droite traditionnels,
comme le Front
National ou le Mouvement
National Républicain (MNR) en France. Ces skinheads ne sont
pas nazis. Ils sont identitaires (défense de l'identité nationale,
de la culture gréco-romaine (voire celto-germanique) et de l'héritage
chrétien de l'Europe, et anti-gauchistes. Leur nationalisme parfois
exacerbé peut les rapprocher de temps à autre du mouvement White
Power (raciste et nazi); certains sont particulièrement opposés
à l'islam et aux immigrés d'origine maghrébine (en France), pakistanaise
(Royaume-Uni) ou encore turque (Allemagne). Les skinheads nationalistes,
souvent attachés aux valeurs conservatrices, peuvent aussi mépriser
les homosexuels. Le Groupe
union défense (GUD, mouvement étudiant d'extrême droite en France)
a un temps recruté parmi les jeunes autour de thèmes fédérateurs
comme la défense de l'identité française, le refus de l'immigration
ou la corruption des hommes politiques. Selon Fiammetta
Venner[1],
de nombreux Beurs
ou individus d'origine immigrée composent le mouvement skinhead
d'extrème-droite et leur engagement fait penser au symptôme d'une
crise identitaire, comme si le fait d'être parmi les plus racistes
faisait oublier leurs origines et était la forme ultime d'intégration.
Notons
aussi que l'extrême-droite française est divisée et que les skinheads
qui en sont proches de même. Beaucoup récusent le terme skinhead
pour lui préférer celui de "jeune nationaliste". La fréquentation
des sites et forums internet de cette mouvance nous apprend ainsi
que certains sont profondément antisémites, ils condamnent l'existence
même d'Israël et prennent fait et cause pour les Arabes et les islamistes.
À l'inverse d'autres voient Israël comme l'avant-garde de l'Occident
face au péril arabo-musulman et soutiennent alors le sionisme radical.
Cet exemple nous montre des points de vue bien différents.
Le
look des jeunes identitaires est à part dans la culture Skinhead.
La préférence va au surplus militaire, treillis et jean, et aux
rangers ou paraboots plutôt que les Doc Martens. En France,certains
portent même des bérets comme symbole de leur identité française.
Les couleurs principales qu'ils abordent sont le noir, le blanc,
le vert, le gris et parfois même du rouge. La ressemblance avec
la tenue des néo-nazis est parfois flagrante, comme les blouson
noir ( harrington ) ou les pantalons militaires. Quant aux insignes
des identitaires, ils s'agit exclusivement de la flamme tricolore
ou de la croix celtique. Les identitaires portent les cheveux courts
ou très courts, mais rarement rasés à blanc. Certains se laissent
pousser les cheveux. L'on peut aussi conclure que les membres du
groupe de RIF
Fraction
sont des Skinheads identitaires.
Les
White
Power, néonazis et suprémacistes blancs
Ouvertement
nazis, donc racistes. On parle aussi de boneheads
(littéralement, crâne d'os), terme péjoratif utilisé par leurs opposants
(tous les autres skinheads), ou de naziskins. Ils sont très
actifs (et ont été assez répandus en France dans la période 1985-95,
où ils representaient alors la majorité des skinheads) et regroupés
dans diverses organisations telles Blood
and Honour, Hammerskins
ou Combat
18, un groupe terroriste organisé à partir du kop fasciste des
Chelsea Headhunters. Les boneheads sont très visibles en Scandinavie,
en Allemagne de l'Est (ex-RDA), dans certaines régions des États-Unis
(où ils sont organisés en réseau avec d'autres organisations d'extrême
droite comme le Ku
Klux Klan), ainsi qu’en Europe de l’Est, notamment en Pologne,
Serbie ou surtout Russie, pays qui compte le plus grand nombre de
boneheads (où ils défraient souvent la chronique par leurs nombreuses
agressions contre des immigrés ou Russes orientaux, allant couramment
jusqu'au meurtre).
Le
look se distingue un peu du look skinhead : il est franchement
paramilitaire, les cheveux sont généralement rasés à blanc. Les
insignes sont la croix
gammée, les écussons de la LVF ou de la division Das Reich,
la croix celtique, les galons de la Wehrmacht
ou de la SS...
La symbolique germanique, viking ou celte est souvent utilisée par
les boneheads qui marquent ainsi leur rejet des valeurs judéo-chrétiennes
et prônent un retour au paganisme indo-européen. L'usage de l'imagerie
celte ou germanique est une récupération. Tous les mouvements qui
se réclament du paganisme, du celtisme etc ne sont pas néonazis,
ni même nationalistes. Les boneheads se reconnaissent grâce au sigle
NS (national-socialiste, c'est-à-dire nazi), généralement accolé
au nombre 88 (pour HH, huitième lettre de l'alphabet et initiales
de "Heil Hitler"). La marque Lonsdale a longtemps été la
préférée des néonazis car en ouvrant partiellement le blouson sur
le t-shirt on peut lire NSDA, soit le début de NSDAP (sigle allemand
du parti nazi). Cependant les propriétaires de la marque ont beaucoup
communiqué sur le fait que le champion de boxe Lonsdale, à l'origine
de la marque, a créé à Londres la première salle d'entrainement
ouverte aux noirs. Les boneheads ont aujourd'hui leurs propres marques
et sigles emblématiques.
Les
boneheads se réclament aussi de la classe ouvrière. Dans les années
1980 beaucoup d'entre-eux se considéraient comme les fils spirituels
des SA
(Sections d'assaut, brigades de militants nazis des années 1930
en Allemagne). Ces SA tenaient un discours à la fois nationaliste,
raciste mais aussi social et étaient issus du monde ouvrier et de
la petite bourgeoisie. Ils réclamaient des mesures sociales avancées
et la constitution d'une armée populaire. Leurs chefs furent exécutés
et leurs organisations absorbées par les SS aux ordres d'Hitler
lors de la "Nuit
des longs couteaux" en 1934.
La
musique des boneheads est le RAC : Rock Against Communism.
La plupart des groupes rac sont diffusés de façon discrète, par
la vente par correspondance, où lors des concerts. Beaucoup de "distros"
(petites organisations indépendantes de distribution musicale) en
France ou en Allemagne refusent de vendre des disques rac (soit
par antifascisme, soit pour éviter les ennuis). Ceux qui acceptent,
comme par exemple Bords de Scène à Paris, sont alors identifiés
par les skinheads antifascistes comme des agents sournois de l'extrème-droite.
Chez les skinheads le simple commerce n'est jamais neutre.
Parmi
les groupes musicaux de boneheads, on peut citer : Les Allemands
Landser,
les Français Légion
88, Bunker
84, Chevrotine,
Division Skinhead, les Australiens Fortress,
les Polonais Konkwista
88, les Américains Bound
For Glory ou encore les Suédois Pluton
Svea. Le groupe de référence reste les Anglais de Skrewdriver
(cf la première partie de l'article). La plupart de ces groupes
incorporent des influences metal à leur musique qui reste quand
même à base de oi!.
Il existe, depuis quelques années, un rapprochement entre les skinheads
white power et les milieux black
metal païens, qui se réclament parfois eux aussi du national-socialisme,
créant un style hybride qui commence à prendre une certaine ampleur,
notamment en Europe de l’Est et aux États-Unis. Si l'on constate
aussi une adhésion aux idées d'extrême-droite dans une partie minoritaire
des scènes industrielle
et dark
folk, la mouvance
gothique est loin d'adhérer massivement à l'extrême-droite.
Il y a là encore une récupération partielle. Seul le RAC peut être
considéré, par les idées qu'il véhicule, comme authentiquement d'extrème-droite.
Cependant nationalistes et néonazis fréquentent aussi d'autres univers
musicaux qui ne leur sont pas réservés (il serait absurde et anachronique
de décréter que Beethoven et Wagner sont nazis sous prétexte qu'Hitler
utilisait leur musique pour sa propagande).
Voir
aussi : NSBM
Les
Skinheads d'extrême gauche
A l'origine,il
s'agit d'un groupe de soul-rock britannique The
Redskins (fin 70's/première moitié 80's), dont plusieurs membres
appartenaient au Socialist Workers Party et en étaient des permanents.
Le nom vient d'une bande de skins de Sheffield proche du minuscule
British Communist Part. Le groupe, qui tient un discours révolutionnaire
sur fond de musique soul mâtinée de punk-rock, passera la majorite
de sa courte carrière à soutenir les luttes de résistance contre
les dégâts sociaux et politiques du libéralisme de Thatcher. Notable
signe d'independance et de radicalisme, ils refuseront de devenir
animateurs du Red Wedge (le "coin rouge") avec d'autres groupes
et artistes (Style Council, Billy Bragg, Bronski Beat/The Communards...)
jugeant celui-ci trop proche du Parti Travailliste. Leurs incessantes
tournées leur permettent d'être le point de rencontre où se regroupent
et commencent plus ou moins à s'organiser pour reprendre la rue
aux fascistes ou défendre les concerts d'authentiques skinheads
"rouges", regroupés dans la Red Action Skinhead (fraction skinhead
de la Red Action, un petit groupe politique trotskiste issu d'une
scission du SWP sur la question de l'anti-fascisme dans la rue)
ou issus de bandes à caractère particulier, comme celle des skinheads
de Coventry. Enfin ils permettront de fédérer nombre de skins traditionnels
déçus par le tournant raciste de la scène, d'ex-punks rejettant
le folklore "punk's not dead", des etudiants en rupture de fac en
amenant au grand public leurs themes de predilection : anti-apartheid,
soutien aux mineurs en grève et antiracisme dans les quartiers populaires.
En
France, portés par l'émergence de la scène dite du "rock alternatif"
(Bérurier noir, Nuclear Device, Ludwig Von 88 (qui ont introduit
"88" dans le nom de leur groupe ironiquement, Ludwig Von 88 est
loin d'etre un groupe nazi), Babylon Fighters, LKDS, Laid Thénardier...)
est popularisé par les luttes étudiantes de l'hiver 86 et leur combat
dans la rue contre les skinheads d'extrème-droite, les premiers
redskins affichaient un look empruntant autant aux skinheads qu'aux
tribus "rock" en général (punks, mods, psychobillys...). Au reflux
de la vague alternative, à partir de 1989, certains se sont ensuite
rapprochés du style skinhead originel en conservant parfois quelques
particularismes hérités de cette première vague redskin : bomber
retourné côté doublure orange, lacets rouges, insignes et patches
communistes divers... C'est dans le sud de la France a Toulouse
, Marseille et Bordeaux que la jonction avec un mouvement skin plus
traditionnel va s'operer encore plus avant. Mais tous les redskins
ne se considèrent par pour autant comme skinheads. Si la majeure
partie d'aujourd'hui peut être rattachée aux skinheads (musiques,
style vestimentaire ou de vie...), il subsiste un courant qui n'en
reste qu'à la marge ou, même, s'en éloigne parfois au niveau culturel
(investis dans le rap...) et ne cultivant souvent avec les autres
redskins qu'un lien social et politique.
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Fondé
à New-York au tout-début des années 90, le RASH (Red and Anarchist
Skinheads), surtout européen et, depuis quelques années, latino-américain,
regroupe d'anciens redskins de la première vague et de nouveaux
skinheads engagés à l'extrême gauche, parfois issus de la mouvance
SHARP, le premier groupe Rash etant issu du SHARP new yorkais et
de l'Anti Fascist Action. Ses membres considèrent leur appartenance
au mouvement skinhead comme un complément de leur engagement militant,
le skinhead devenant une forme d'idéal ouvriériste, mais l'inverse
est parfois vrai : certains skinheads "sentimentalement" ou
culturellement de gauche, mais sans engagement, deviennent militants
par les fréquentations, la formation ou l'acquisition expérimentale
au sein de bandes et groupes où sont présents des militants du RASH.
Le
sigle Rash apparaitra tout d'abord au Havre puis Bordeaux autour
des redacteurs du fanzine Shaven Republic (ou RASH est decliné en
Red Action Skin Head), pour ensuite s'implanter a Paris. La plupart
des skinheads RASH en France, gravitent autour de : l'Union
Anarchiste, la Fédération Anarchiste, the Anarchist Black Cross,
l'Organisation Communiste Libertaire, la Confédération nationale
du Travail (anarcho-syndicaliste), la Ligue Communiste Révolutionnaire
et différents groupuscules trotskistes ou guévaristes, voire, marginalement,
post-maoïstes... Ce mouvement revendique un antiracisme viscéral
et un antifascisme radical et joue parfois, selon les villes, la
surenchère vis-à-vis du SHARP, tantôt considéré comme un allié,
tantôt comme un concurrent (mais pas comme un ennemi). Les thèmes
de la lutte des classe, de l'urgence révolutionnaire ou de l'internationalisme
sont récurrents. Un slogan des skinheads Rash est : "Pas de
guerre entre les races, pas de paix entre les classes".
Parmi
la scène skinhead d'extrême gauche, on peut citer les italiens de
Banda
Bassotti, Erode,
Los
Fastidios ou les groupes indépendantistes catalans marxisants
Opcio
K-95 et Pilseners,
les madrilènes de kaos
Urbano, Guerilla
Oi! ou Non
Servium, les basques de Suburban
Rebels ou Mossin
Nagant, ou encore les groupes libertaires parisiens Brigada
Flores Magon et Ya
Basta ! ou les groupes marxistes bordelais Los
Foiros et Redweiler.
Nombre
de groupes, sans être d'ailleurs idéologiquement marqués, soutiennent
certaines initiatives du réseau Rash, on peut citer : les Allemands
de Stage
Bottles, Les legendes britanniques Angelic Upstarts, le premier
groupe Oi! Italien Nabat,
ou encore The Oppressed...
A noter
que certains skinheads Sharp, Rash et de nombreux redskins s'affichent
aussi comme indépendantistes, voire nationalistes. Il existe deux
nationalismes : un d'extrême-droite (primauté de la nation,
valeur structurelle), auquel se rattachent skinheads nationalistes
et néonazis, un autre de gauche (liberté pour la nation, espace
historique et dialectique d'une communauté de destin), auquel se
rattachent certains skinheads engagés à gauche, en particulier au
sein de minorités qui luttent pour leur reconnaissance ou leur indépendance :
Bretons, Basques, Catalans, Occitans... Dans ce dernier cas il s'agit
d'une mouvance très minoritaire et qui arbore le slogan "Occitània
Antifascista". Il n'y a donc pas d'équivoque.
Autres
identités skinheads
De
manière plus anecdotique, il existe d'autres groupes skinheads.
Les
Skinheads chrétiens
Leur
positionnement est ouvertement antiraciste et antinazi. Très présents
en Amérique du Nord (Canada et États-Unis) où la scène punk-rock
chrétienne est gigantesque, les skinheads chrétiens font de plus
en plus parler d'eux en Europe. Ces derniers sont beaucoup plus
présents dans les milieux hardcore ou ska/rocksteady que dans le
milieu Oi!. Parmi les groupes skins chrétiens, on peut citer
le groupe de ska/rocksteady américain The Israelites, le
groupe de punk hardcore américain The Deal ou encore le groupe
streetpunk américain aux sonorités écossaises Flatfoot 56.
"Skinheads"
homosexuels. La mode skinhead est ostensiblement arborées par certains
homosexuels, appelés gayskins avec quelques fantaisies amusantes :
polo rose fluo ou pantalon en latex moulant... Dans la pornographie
homosexuelle masculine, le skinhead est un avatar du working
class boy (jeune ouvrier). Les skinheads d'extrème-droite, généralement
homophobes, récusent cette mouvance. Les autres ne les prennent
guère au sérieux car les références skinheads des gayskins sont
davantage vestimentaires que musicales. A noter qu'il existe néanmoins,dans
la mouvance SHARP americaine (collectif Brotherhood) ou Rash (notamment
en Allemagne), de véritables skins gays affirmés et revendiqués
comme tels. Il existait aussi un groupuscule gay néonazi fondé par
un roadie du groupe fasciste Skrewdriver : les Gay Aryan Skinheads,
qui se réfèrent aux SA et aux moeurs "grecques antiques" de ces-derniers.
Mais ces skinheads homosexuels nazis pratiquent beaucoup moins l'art
du second degré que les autres gayskins et tentent surtout, à travers
leurs contradictions, de faire exister une identité marginale en
soi autant que dans leur propre espace socio-politique.
Conclusion
Il
faut retenir que les premiers skinheads sont apparus à la fin des
années 1960 et qu'ils n'étaient en aucun cas politisés. Leur point
commun était leur origine sociale modeste, leur amour de la musique
noire et leur goût pour la bagarre. C'est avec l'apparition du punk-rock
en 1977
et le chômage qui frappe de plein fouet l'Europe à la fin des années
1970, que le mouvement skinhead se scinde et qu'une partie des
skinheads est séduite par les textes néonazis de la seconde formation
du groupe britannique Skrewdriver.
Bibliographie
- Série
photographique sur les mods, punks, skinheads : Tribes
Of England - Our culture
- Roman
très autobiographique sur les hooligans : Football Factory,
Éditions de l'olivier ISBN
2879294649 de John
King
Filmographie
Liens
internes
Notes
et références
- ?
Fiammetta Venner ,Extrême France p.102, Grasset, 2006
Liens
externes
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